Yurlunggur

Illustration de Alain BRION
DENOEL, coll. Présence du futur n° 439, avril 1998
224 pages, catégorie / prix : 1, ISBN : 2-207-24738-4
Autres éditions
DENOEL, 1987
Dans le quartier de la Défense, Fox et Flamme vivent minablement en dealant de la cocaïne que leur fournit Joao, un mystérieux immigré. Flamme ne rêve que d'Australie, Fox du gros coup qui le mettra enfin à l'abri des galères. Un soir, le trafic tourne mal... Et voilà que la réalité elle-même se détraque. Car les « Tueurs de la Nouvelle Lune » Lancés aux trousses des deux jeunes gens ne sont pas des voyous ordinaires. Au-dessus d'eux plane l'ombre de Yurlunggur, le Serpent du Rêve, dont la Magie se perpétue dans la France d'aujourd'hui chez les descendants d'une tribu d'aborigènes australiens. Cauchemar engendré par la drogue ? Epreuve initiatique ? Pour Fox et Flamme, une seule chose est sûre : le choc des cultures fait parfois très mal...
L'auteur
Jean-Marc Ligny, né en 1956 à Paris, fait partie de ces auteurs
qui, depuis leur apparition au début des années 80 sur la scène
des littératures de l'imaginaire, n'ont cessé de s'affirmer
dans l'exploration de leur univers personnel. Lauréat du grand Prix
de l'Imaginaire 1997 pour Inner City (J'ai Lu), il nous entraîne ici
dans un fantastique urbain où se devine l'heureuse influence de La
Dernière Vague, le très beau film de Peter Weir.
Critiques : La réédition,
dix ans plus tard, du premier roman fantastique de Jean-Marc Ligny
suivront Yoro-Si et La Mort peut danser ne pouvait mieux tomber. Cette
fiction de l'interface par excellence, partagée entre le temps réel
et le temps du rêve, entre les mythes australiens anciens et l'étouffement
urbain des Grands Récits, est à l'aune de notre modernité
travaillée par les confusions médiatiques, le simulacre (réalités
virtuelles et compagnie) et l'instabilité identitaire.
Sans se faire prier, on emboîte le pas à Fox, poursuivi par des
hommes noirs dont la mission est de préparer la réincarnation
de Yurlunggur, le Serpent du Rêve. Le récit se déploie
au rythme d'une déroutante course-poursuite la séquence
des bolides sur l'A 13 est mémorable ! dans une France et un
Paris incertains et dans un temps plus qu'improbable. Lecteurs et protagonistes
traversent ainsi des localisations tangibles qui n'en sont pas, croisent des
personnages familiers qui, l'instant d'après, sont radicalement étrangers.
Autant d'expériences d'errance du sens et de perte d'équilibre
psychique et physique, déclinées sur fond de paradis artificiels
et presque au hasard de vraies / fausses visions hallucinogènes.
À la mesure des décors qui se recomposent suite aux pressions
des Gardiens de la Tradition, véritables univers gigognes à
l'échelle d'un appartement ou d'une ville, le roman se construit par
emboîtements et variations. Il y a bien une ligne de force, encadrée
par le prologue et l'épilogue, qui repose sur l'imminente résurgence
d'une civilisation enfouie, invoquée par-delà le temps et l'espace.
Mais cette linéarité est illusoire. Le texte multiplie les décrochements,
se joue du simultané et du différé, confond états
de veille et onirisme, pousse à reconsidérer sans cesse les
événements, à l'instar de ce journal dont le grand titre
change dans la même journée. Difficile alors de « saisir
un embryon de réponse, un bout de l'écheveau », comme
le déplore Fox.
Yurlunggur est un roman-énigme à part entière. Les références
externes abondent, du « Redrum » de Shining à l'influence
de La Dernière Vague de Peter Weir. Quant aux jeux de piste internes,
ils sont légion : les traces et inscriptions visuelles (la peinture
sur l'écorce, le dessin du serpent sinueux), sonores (bribes de
mélodies incantatoires, paroles de Kate Bush), linguistiques ébauchent
un univers de signes tour à tour fuyants et obsédants. En définitive,
de même que le docteur du livre aime à « phantasmer, à
sa guise, après, sur l'histoire du seul client intéressant du
mois », c'est dans un itinéraire fantasmatique débridé
que Ligny nous entraîne... avec pour seule certitude que « le
Rêve ne mourra pas ».
ASTIC Guy
Première parution : 1/7/1998
dans Ténèbres 3
Mise en ligne le : 12/10/2003
Critiques des autres éditions :
Edition DENOEL Présence du futur
Fox deale de la cocaïne dans un Paris en proie à la déglingue
et la décomposition. Une seule chose l'anime encore : une volonté
inébranlable de se ranger et de quitter la France pour l'Australie,
accompagné de Flamme, sa compagne ; il attend donc le coup qui lui
permettrait de prendre sa retraite comme le Messie...
Il va sans dire que lorsque l'occasion se présente à lui de
se remplir les poches, il fonce tête baissée, croyant avoir pris
suffisamment de précautions pour « assurer ».
Mais comme de bien entendu, son plan échoue, et il se retrouve en plein
cauchemar, poursuivi par d'étranges individus des aborigènes
semblant appartenir à une sorte de secte fanatique , sanguinaires
et semblant venus de nulle part !
Alors ? Rêve ou réalité ? Vit-il réellement tout
cela ou la coke commence-t-elle à lui détruire le cerveau ?
Les questions affluent. Malheureusement le temps manque et ses chances, ses
possibilités de s'en sortir diminuent d'heure en heure, fondent comme
neige au soleil...
On connaissait Jean-Marc Ligny pour ses romans de Spéculative (Temps
Blancs, Biofeedback et Furia) et sa participation au Cycle des Chimères
des éditions Plasma (Succubes) ; le voici de retour, après quatre
ans sans publication, avec un nouveau roman, de Fantastique contemporain,
un genre pourtant peu prisé par les auteurs français, sans pour
autant qu'il abandonne ses thèmes favoris (la zone, la drogue...).
Et pour ses retrouvailles avec les éditions Denoël, il nous offre
un texte plaisant, correctement construit, écrit dans un style clair
et efficace, dans une langue agréable et émaillée d'expressions
branchées (ce que certains ne manqueront sans doute pas de lui reprocher),
se laissant lire sans difficultés et procurant à la lecture
beaucoup de plaisir. Et même s'il n'est de toute évidence pas
le chef-d'uvre de Ligny (on regrettera surtout une chute hâtive
et par trop classique ; on eut préféré une explosion
finale en forme de feu d'artifice), Yurlunggur reste un très bon roman,
annonçant ou plutôt laissant augurer le début d'une nouvelle
« période » de l'auteur.
COMBALLOT Richard
Première parution : 1/7/1987
dans Fiction 388
Mise en ligne le : 16/12/2002
Illustration de Laurence TERREL
DENOEL, coll. Présence du futur n° 439, avril 1987
224 pages, catégorie / prix : 7, ISBN : 2-207-30439-6
Autres éditions
DENOEL, 1998