Jihad

DENOEL, coll. Présences n° (41), mars 1998 416 pages, catégorie / prix : 125 FF, ISBN : 2-207-30543-0 Autres éditions J'AI LU, 2000
Kabylie, début du XXIè siècle. C'est la guerre civile. Les rebelles kabyles sont pris entre les deux feux de l'Armée Nationale Islamique et des factions intégristes, qui ne tolèrent pas leur liberté. Le village d'Aït-Idja est attaqué, Fatima violée par un mercenaire français, Max Tannart. Fatima, la soeur de Djamal, l'ancien rebelle parti à Hassi-Messaoud trimer pour les trusts pétroliers. France, un an plus tard. Le Parti National est au pouvoir et fait régner l'ordre « ultralibéral » avec ses milices. Gare aux émigrés qui débarquent clandestinement sur le territoire... surtout s'ils viennent du Sud. Infiltré dans cette France fermée par une frontière électronique théoriquement infranchissable, Djamal n'est pas un immigré comme les autres. Il ne vient pas chercher du travail ni militer aux côtés de la résistance « intérieure », il veut venger sa soeur disparue. Tuer Max Tannart. Djamal est un guerrier solitaire. Intrigue proliférante, foisonnement de personanges attachants, action menée à cent à l'heure... Un thriller de politique-fiction auquel les développements récents de l'actualité algérienne et française donnent un saisisant parfum d'authenticité. Jean-Marc Ligny, né en 1956 à Paris, n'a cessé depuis ses débuts, au tournat des années 70-80, de s'affirmer dans l'exploration de son univers personnel. Inner City a été distingué en 1997 par le Grand Prix de l'imaginaire. Avec Jihad, son huitième roman chez Denoël, il signe son oeuvre la plus ambitieuse et la plus accomplie — quelque chose comme son « Echiquier du mal ».
Prix
obtenus : Rosny Aîné, roman, 1999
critiques :
Djamal est un guerrier, un rebelle kabyle rompu à toutes les techniques
de guérilla. Et Djamal n'a qu'un but, un unique objectif : venger Fatima,
sa sur, violée et assassinée par Max Tannart, un mercenaire
français, dans son petit village d'Aït-Idja. Il est prêt
à toutes les extrémités pour parvenir à ses fins,
jusqu'à pénétrer clandestinement dans cette France d'un
proche futur ou le Parti National tient les rênes du pouvoir, un état
ultra policé ou les milices CAID n'attendent qu'une chose : tabasser
à mort le premier étranger venu, basané de préférence.
Mais Djamal ne reculera pas, ne faiblira pas, car tel est son Jihad...
On l'attendait depuis près d'un an, ce nouveau roman de Jean-Marc Ligny,
roman publié en grand format dans la belle collection « Présences
» de l'éditeur Denoël. On l'attendait et... oui, sans doute,
cela valait le coût d'attendre ! Jihad s'inscrit dans le courant des
romans de politique-fiction, un genre qui nous a dernièrement donné
certaines des plus belles réussites S-F de langue française,
qu'il s'agisse du Faust de Serge Lehman ou bien encore de Wang (malgré
tout ses défauts) par Pierre Bordage. Il y a incontestablement de ces
deux uvres dans le Jihad de Ligny, mais il y a également bien
d'autres choses.
Jihad est avant tout un roman convenablement construit servi par une écriture
nerveuse, vive, exempte de fioritures superflues. À tel point qu'on
a parfois le sentiment de lire un scénario de film tant la manière
concise de Ligny sait se faire riche en images (on peut d'ailleurs espérer
que quelque producteur bien inspiré saura saisir le potentiel cinématographique
de ce bouquin, au regard du budget raisonnable que sa production nécessiterait).
Ainsi suit-on les pérégrinations de Djamal entrecoupées
de flash-backs, autant de plongées dans un passé d'où
émergent des relations frère/sur proches de l'inceste.
À ceci se greffe le quotidien d'un couple de journalistes français
en but à la censure et quelques autres personnages dont les destinées
se rejoindront dans une inévitable explosion de sang.
Toute l'intelligence de Ligny réside dans sa volonté de ne pas
forcer le trait. Certes sa projection nous propulse dans une France future,
mais un futur de cinq, dix ou quinze ans maximum. D'où l'absence de
rupture et une totale identification (ce que d'aucuns regretteront peut-être,
arguant du manque d'épaisseur du « matériel » science-fictif),
d'où l'aspect proprement effrayant du roman, un côté réaliste
terrifiant auquel notre actualité, la vraie, celle de tous les jours,
confère une tonalité aux échos de justesse tout simplement
alarmante.
Ligny signe avec Jihad une uvre forte et juste, un bouquin qui, comme
le pinard, « devrait-être obligatoire » !
ORG
Première parution : 1/4/1998
dans Bifrost 8
Mise en ligne le : 2/11/2003
Critiques des autres éditions :
Edition J'AI LU Nouvelle génération
Dans un futur proche, alors que la guerre fait rage en Kabylie, un petit
village est attaqué et ses habitants massacrés. Un berger témoin
du massacre apprend à Djamal Saadi que sa sur a été
violée et tuée par un mercenaire français nommé
Max Tannart. Dès cet instant, Djamal ne pense plus qu'à la vengeance.
Il part pour la France, à la recherche de celui qu'il croit être
le meurtrier de sa sur. En fait, celle-ci a survécu et a échoué
à Paris où elle est contrainte de se prostituer.
En France, un Parti National au relent fascisant est au pouvoir. Le racisme,
la méfiance et la dénonciation sont de règle. Des milices
font régner un ordre brutal et les médias sont à la botte
du pouvoir. Dans ce pays où la couleur de sa peau et son type ethnique
suffisent à provoquer des réactions hostiles qui attisent sa
haine, Djamal se fraye un chemin sanglant afin d'accomplir sa vengeance.
Le récit s'attache donc aux pas de Djamal, mais pas exclusivement.
On suit également le parcours de sa sur Fatima et celui de deux
journalistes qui ont bien du mal à exercer leur métier face
à la censure qui voudrait les museler. A travers le parcours de ces
personnages et de quelques autres, Jean-Marc Ligny brosse ainsi le portrait
d'un monde à la dérive, et bien plus que l'accomplissement d'une
vengeance, Jihad est avant tout la vision saisissante d'une France où
les quartiers riches sont gardés par des milices privées, où
les médias ne diffusent qu'une propagande décervelante, où
l'individualisme-roi conduit inévitablement à la haine des autres
et où la violence entraîne la violence dans une spirale sans
fin. Cette vision du futur est d'autant plus terrifiante que rien ne différencie
l'époque du roman de la nôtre, si ce n'est le contexte politique
qui offre une amplification des travers actuels de notre société.
Mais l'anticipation de Jean-Marc Ligny est si crédible et si proche
de nous qu'elle en fait froid dans le dos.
Cependant, le personnage principal, lui, se moque totalement de la politique.
Il n'est que la victime d'un système totalitaire qui s'appuie sur la
peur et la violence, notamment en utilisant des criminels comme Max Tannart
comme pilier des ''forces de l'ordre''.
Jihad est donc un roman qui dérange et donne à réfléchir.
Mais c'est également un roman palpitant et plein de rebondissements,
écrit dans un style rapide et fluide. Bref, toutes les conditions sont
réunies pour en faire un grand roman, du genre de ceux qui marquent
la mémoire du lecteur pour longtemps.
BEURG Frédéric
Première parution : 10/9/2000
nooSFere
( Rosny
Aîné Créé en 1980
Pays : FRANCE
Prix récompensant les meilleures oeuvres en français. Il est décerné par les
lecteurs, et remis chaque année à l'occasion de la convention française de
Science-Fiction. )

Kabylie, début du XXIe siècle. C'est la guerre civile. Djamal,
l'ancien rebelle, a tout perdu quand son village a été attaqué.
Et quand sa soeur, Fatima, a été violée...
Hanté par l'horreur et la vengeance, il part pour la France, dirigée
par le Parti National. Ordre, milices et pureté de la race forment
le menu des réjouissances. Lui n'en a cure. Il veut retrouver l'auteur
du crime, Max Tannart, un mercenaire français désormais intouchable.
Un thriller de politique-fiction auquel les développements de l'actualité
algérienne et française des dernières années donnent
un saisissant parfum d'authenticité.