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Le chasseur lent

Cycle : Zapmen (La trilogie des) vol. 2 Illustration de Philippe GAUCKLER HACHETTE Jeunesse, coll. Vertige S-F n° 1016, avril 1998 160 pages, catégorie / prix : 7, ISBN : 2-01-209868-1

Catastrophe ! Ze Cat et Miniboute ont disparu de la Haute et Basse Réalité alors qu'ils exploraient Babylone, la fameuse cité virtuelle. Heureusement, leurs amis Saut d'Orbite, Shade, l'ancien chef des Zapmen, et sa compagne Ki, spécialiste des arts martiaux, partent à leur recherche. Grâce au Bouddha de Jade, une Intelligence Artificielle, ils ont une idée de l'endroit où les retrouver. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que le mystérieux Chasseur Lent les y attend…

critiques : Prolongeant l'univers d'inspiration cyberpunk créé dans Inner City ou Cyberkiller, la Trilogie des Zapmen offre une excellente introduction aux problématiques soulevées par l'existence des réseaux informatiques.

Refusant l'illusion de la culture accessible à tous, Jean-Marc Ligny est en effet l'un des auteurs à avoir le mieux appréhendé la véritable « fracture sociale » qui se creusera entre ceux qui auront accès à ces réseaux et ceux qui resteront en marge, fracture qui aboutira à l'émergence de deux mondes fermés l'un à l'autre...
D'autre part, s'il est conscient du pouvoir de séduction du « tout virtuel », il s'inquiète des risques de perte du contact avec la réalité, la Basse réalité, au point d'envisager la nécessité d'une lutte contre ces réseaux.
Enfin, il dénonce l'utilisation potentielle de ceux-ci comme outil de contrôle policier et comme moyen de manipulation des consciences.

Le talent de Ligny lui permet de transposer ces réflexions, passionnantes mais complexes, en une intrigue parfaitement claire et accessible aux jeunes à partir de 11 ou 12 ans. La trame policière astucieuse – comment peut-on disparaître « physiquement » dans un univers virtuel ? –, l'action rapide, les personnages d'adolescents réalistes et sans mièvrerie, permettent une parfaite immersion dans ce double univers perturbant.

S'il n'hésite pas à évoquer la violence physique mais aussi mentale – analogue à celle que l'on rencontre dans nos actuelles banlieues –, il évite les scènes choquantes. La traversée de Slum City avec ses bandes errantes, puis d'une Bretagne où sévissent à nouveau des bandits de grand chemin, est l'un des moments forts du roman, témoignant d'un état de guérilla urbaine et extra-urbaine qui n'est hélas pas si éloignée de notre quotidien.

La seule difficulté qui pourra se présenter au jeune lecteur est la fréquence des néologismes en rapport avec le cyberespace (expliqués dans un lexique placé en fin d'ouvrage). Néanmoins, le cinéma et les jeux vidéos ont déjà amplement familiarisé les enfants à ce type d'univers et ils devraient donc rapidement s'y sentir à l'aise.

En fin de compte, Ligny a écrit là un roman d'anticipation intelligent et lucide, qui se présente avant tout comme une aventure rapide et captivante... Il peut intéresser également les adultes, et permettre d'amorcer ainsi une discussion sur les rapports entre réel et virtuel et sur les problèmes de société qui se posent à nous dès aujourd'hui.


A noter que ce deuxième volume peut se lire indépendamment du précédent (Slum City) mais que son dénouement appelle une suite (Les guerriers du réel).


PATOZ Laureline

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