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Mes choix antérieurs mais que j'écoute toujours...
Rotersand,
" Welcome to goodbye " (© Mindbase 2004)
Des " nouveaux " venus sur la scène bien encombrée
de l'électro teutonne, enfin pas tout à fait nouveaux puisqu'avant
cet excellentissime album, ils ont déjà pondu " Truth is
fanatic " en 2003, " Electronic world transmission " en 2004
(des remixes de " Truth is fanatic ") et un e.p., " Merging
oceans " en 2002. Excellentissime, disais-je, et je le maintiens, car
rarement un groupe d'électro n'a fait aussi fort d'entrée de
jeu : une rythmique puissante au service de compositions fort riches, au style
immédiatement reconnaissable, et un chanteur qui n'a rien à
envier aux meilleurs du genre (VNV Nation, Covenant par exemple). " Almost
wasted " et son lent crescendo vous prend aux tripes, pour finir par
vous accrocher aux rideaux ! Ou " Storm " et ses " metal drums
" (un sample des Tambours du Bronx ? Ou bien ils font ça eux-mêmes
?) Et bien sûr le hit de la mort qui tue, " Exterminate, anihilate,
destroy ", qui porte bien son nom ! (Remixé, du reste, sur un
e.p. par eux-mêmes et des copains, dont [:SITD:] entre autres
)
Arriver d'un coup, en deux albums, dans la cour des plus grands et au sommet
de leur art, que peut-on attendre maintenant ? Eh bien, qu'ils s'envolent
et nous avec !
Juno
Reactor, " Labyrinth " (© Metropolis 2004)
J'avais entendu parler de Juno Reactor comme étant une référence
absolue en matière de techno dite " intelligente ". Brian
Eriksson (Velvet Acid Christ) en fait son gourou, et j'avais écouté
un remix très subtil de " Final Countdown " de Laibach par
eux
Je me suis donc décidé à jeter une oreille.
Eh bien, je ne l'ai pas retrouvée, elle traîne toujours dans
l'univers incroyable de Juno Reactor (j'ai maintenant tous leurs albums) et
n'a pas du tout envie d'en sortir ! Ce n'est pas de la techno " intelligente
", ni de la trance goa comme certains le suggèrent, c'est infiniment
plus que ça, c'est la musique du XXIe siècle, composée
par un musicien qui en d'autres temps, aurait tutoyé Bach ou Mozart
! Des percus africaines, des chants arabes ou bulgares, des guitares flamenco,
des churs d'opéra, des flûtes andines, j'en passe et des
meilleurs
Toute la musique du monde passe dans la moulinette Juno Reactor,
qui en extrait la substantifique moëlle et l'enrichit de sons électroniques
tellement riches et variés qu'on se demande d'où ils sortent
tout ça ! Un album de JR devrait être systématiquement
offert à tout acheteur de synthé, de sampler ou de programme
musical, histoire de dire : " Voyez ce qu'on peut faire avec ces machines,
quand on a du talent ! " Sûr, ça découragerait les
pires, et pousserait les meilleurs à bûcher un peu plus les modes
d'emploi
Fields
of the Nephilim, " Mourning sun " (© Oblivion 2005)
Je dois l'avouer, j'appréhendais fort ce nouveau Fields, annoncé
à grands renforts de tambours par toute la presse spécialisée.
Pour moi, les Fields avaient atteint un sommet himalayen dans le gothique
avec le divin " Earth Inferno " (le plus beau live de toute l'histoire
du rock) en
1991. Après il y avait eu " Zoon " de
McCoy avec trois androïdes (intéressant dans le genre "
plus sombre t'es aveugle ") et le navrant " Fallen " dont
on a su (trop tard) qu'il n'était que des ébauches et des
chutes de studio compilées par la boîte de disques pour se
faire du fric. Alors, un nouveau Fields ? Quinze ans après ? Juste
McCoy avec on ne sait qui, en tout cas pas sa fine équipe d'origine
? J'ai écouté un morceau, sur un sampler D-Side. " Tiens,
on dirait du Fields ", je me suis dit. Je me suis risqué à
acheter l'album
Et je n'ai pas été déçu,
bien au contraire. McCoy chante plus sépulchral et caverneux que
jamais, ses compositions sont bien de la veine de " The Nephilim "
et " Elizium " en plus sombre et mystique - et surtout très
orchestré. Ça va haut (dans les nuées d'orage), ça
va loin (dans les profondeurs), ça sonne puissant. Bien sûr,
faut plus s'attendre aux superbes envolées de guitare et de batterie
des frère Yates, ils ne sont plus là. C'est du Nephilim qui
a bien évolué, en fait, c'est un album de McCoy qui a mûri
et sort ce qu'il a dû ruminer depuis quinze ans. Ça a du cur
et des tripes, et ça se ressent. Très très recommandable
donc.
Depeche
Mode, " Playing the angel " (© Mute 2005)
Là aussi, j'appréhendais. Faut dire, je suis fan de Depeche Mode depuis toujours, et j'ai même acheté les très mineurs " Ultra " (pas ultra du tout, même pas ultra-chiant) et " Exciter " (qui n'avait rien d'excitant). Et là, pareil, sonnez trompettes, paraît qu'ils ont pondu leur meilleur album depuis " Violator ". Eh bien " Violator " reste et restera toujours le top. Ce " Playing the angel " a des moments intéressants, certes, sont quand même pros les gars depuis le temps qu'ils creusent le sillon. Il y a même un tube imparable, " Precious ", dans la pure veine Depeche Mode, qui soit saturer les radios (j'en sais rien, j'écoute pas la radio), mais le reste, c'est, pfff Comment dire On les sent usés, quoi. Ils touillent leur sauce, l'épicent comme il faut, c'est bon, ça a du goût, mais c'est toujours la même. Pire, elle a parfois un goût de rance. Dave Gahan a des trémolos dans la voix qui font pré-Sinatra, voyez ce que je veux dire Ben oui, ils ont vieilli quoi. Mais là où un McCoy se bonifie en vieillissant, a toujours la gniaque et l'inspiration, eux, on a l'impression qu'ils rament sur le sable. " Violator " était un pur chef d'uvre, un des cent - que dis-je, des dix ! - albums du siècle tous genres confondus, ils auraient dû se séparer après, au lieu de continuer à touiller le même vieux pot. Est-ce qu'ils veulent devenir les Rolling Stones de l'électropop ? Franchement, je ne leur souhaite pas.
Covenant
: Skyshaper
(© 2006 Synthetic Symphony)
Ça commence par un gros son de synthé industriel et une voix vocodée : " We make ritual noise " Durant quelques secondes, on s'interroge : Covenant aurait-il versé dans l'indus ? Heureusement, la voix d'or d'Eskil Simonsson vient vite nous rassurer. Non, c'est bien toujours Covenant, leur musique qui vient du froid (Suède), réchauffée par le chant mélancolique (voire romantique) d'Eskil - une recette souvent imitée mais jamais égalée. Skyshaper ne déroge pas à cette règle : des beats qui cartonnent, des sons de synthés rien qu'à eux, et cette voix magique qui serre le cur Le tube dancefloor de rigueur (Ritual Noise), un son porté par le blizzard (20 Hz), un morceau beau à pleurer, Spindrift, avec (nouveauté) une voix féminine (qui est en fait synthétique, mais il n'y a qu'eux pour insuffler tant d'émotions dans leurs machines !), et un vrai slow pour se réchauffer en couple (The world is growing loud). À ce propos d'ailleurs, Skyshaper me paraît moins sophistiqué que Northern Light - leur meilleur album à ce jour - un peu plus vite fait peut-être - pourtant ils ont mis trois ans ! - mais nos trois swedish boys sont au sommet de leur art, et le résultat est de toute façon à la hauteur. À écouter les jours de spleen en regardant tomber la neige, et à réécouter souvent, car c'est aussi ça la magie de Covenant : on ne s'en lasse jamais, et plus on écoute, meilleur c'est !
Kirlian
Camera, Coroner's Sun (Trisol 2006)
Il est des groupes, aussi talentueux et originaux soient-ils, qui forcément
en rappellent d'autres, évoquent ou sonnent comme Untel, ou s'inscrivent
dans tel ou tel courant. Et d'autres - beaucoup moins nombreux - qui ne ressemblent
à personne, sont un genre à eux tout seuls, suivent leur propre
voie sans s'inspirer de qui ou quoi que ce soit. Kirlian Camera est de ceux-là.
Depuis 25 ans, Kirlian Camera suit sa propre voie, insouciant des modes et
des courants, jamais imité, jamais égalé. D'album en
album, de recherches sonores en expérimentations, la voie de Kirlian
Camera la mène vers un apex de perfection électronique qui semble
à chaque fois atteint, mais est toujours repoussé à l'album
suivant. Quand ils ont sorti Unindentified light en 99, je me suis dit "difficile
de faire mieux". Puis il y a eu Still air en 2000, qui était meilleur.
Puis Invisible front. 2005 en 2004, intégrant Elena Fossi à
plein temps, et ils ont franchi de nouvelles limites. Celles-ci sont encore
repoussées avecCoroner's Sun. Angelo Bergamini est un sorcier, un magicien
des sons qui sort de son brouet électronique des potions douces-amères,
ou sucrées-acides, ou âpres-suaves, à l'effet garanti.
Effet amplement renforcé par la voix d'Elena Fossi - laquelle introduit
aussi ses ingrédients secrets dans la potion magique - qui souffle
à la fois la glace et le feu, là aussi semblable à nulle
autre. La rage inclut des éléments de beauté sereine
(Illegal apology of crime), le chant le plus mélancolique est soutenu
par un rythme industriel (No one reminded), une rythmique dancefloor sert
de base à d'étranges expérimentations sonores (Kaczyinski
code)... La contradiction produit la dynamique, de la dynamique naît
l'harmonie, et l'harmonie engendre la beauté.
En prime, un CD bonus qui n'a rien d'anecdotique, comprenant deux inédits,
un remix assagi de Dead zone in the sky ("tube" issu d'Invisible
front), une version instrumentale de Kaczynski code offerte en pâture
aux DJs, deux remixes de Days to come (le titre bonus d'Invisible front) et
surtout un remix déchirant de beauté de K-pax par :Wumpscut:,
qui prouve (mais on le savait depuis Evoke) que Rudy Ratzinger sait aussi
faire dans la dentelle.
À chacun de leurs albums, Kirlian Camera réinvente la musique
électronique. Cet album n'est pas indispensable, il est essentiel.
Si vous devez n'en acheter qu'un en 2006, c'est celui-là. Tout ce dont
vous rêvez s'y trouve.
Voilà.
Je suis toujours prêt à discuter avec vous, amis électro-goths,
à échanger nos points de vue (et plus si affinités) sur
la zique qu'on aime. Vous trouverez mon e-mail ci-dessous. À la prochaine
!
Je rédige
désormais des chroniques de cd sur ce site, rendez-vous incontournable
des amateurs de musiques électroniques :